Premier financement participatif pour La Gargouille

Aujourd’hui et jusqu’au 8 mars, LA GARGOUILLE se lance dans son premier financement participatif .

Retrouvez notre projet en suivant ce lien vers Octopousse :

https://octopousse.com/projets/histoire-de-france

A cette occasion ça nous paraît intéressant de détailler la démarche et de faire oeuvre de pédagogie en explorant avec vous les dessous de notre financement .  Un article peut-être un peu austère, on espère que ça vous intéressera !

Le financement de la création

La première chose que nous avons envie de souligner, c’est que la création d’un spectacle demande bien sûr des idées et du talent, mais aussi du temps, de l’espace et de l’argent et une bonne dose de travail. 

Sur L’Histoire de France en Une Heure, le spectacle est monté par la fabuleuse équipe des Psychopathes Associés. Quatre comédiens en répétition sur une semaine, dans le respect des règles légales de rémunération de notre secteur, c’est un budget minimal voisin de 2500€ : d’où viennent-ils ? Où les trouver ?

Mais avant tout, peut-on faire autrement ?

La question du bénévolat

Nombre de structures ne financent pas la démarche de création : les répétitions ne sont pas rémunérées.

On peut imaginer qu’un artiste ou qu’une troupe a le droit de disposer de son temps en toute liberté, et de le consacrer au montage d’un projet artistique.

Si cette approche semble légitime, elle se situe toutefois aux limites de la légalité.

Nombre de comédiens, bénéficiaires de l’Assurance-Chômage, sont avant tout des chômeurs en dehors de leurs périodes de travail . Un chômeur n’est pas censé consacrer son temps libre à autre chose qu’une recherche effective d’emploi , et manifestement créer ou répéter un spectacle ne s’inscrit pas dans cette démarche. Travailler en répétition non rémunérée est constitutif d’une fraude aux revenus de remplacements qui, si elle était systématiquement constatée et sanctionnée, mettrait probablement un terme à la quasi-totalité de la création non subventionnée.

D’autre part, dans le cadre  de répétitions, l’équipe artistique n’est pas libre de son emploi du temps : elle devient subordonnée à la structure qui organise les répétitions. Une répétition s’assimile à du salariat, et ne pas rémunérer un salariat est un délit de travail dissimulé.

Ainsi, un travail de création et répétition non rémunéré fait porter un double risque aussi bien aux interprètes qu’aux structures qui portent les projets.

Il reste que très concrètement, ce mode de travail en répétitions non rémunérées est extrêmement répandu. Se pose alors pour les artistes la question quotidienne de la priorité à accorder à ce travail non rémunéré, par rapport aux réelles opportunités de travail qui peuvent se présenter dans la période considérée. Bien souvent l’absence d’un seul fait perdre à toute l’équipe le bénéficie de la période de travail.

Perte de temps, perte d’énergie, engagements pris en vain : s’engager en équipe dans une démarche de création non rémunérée, ce n’est pas loin de se donner les plus mauvais outils pour avancer .

Il est de notre responsabilité de compagnie artistique de mettre en oeuvre le maximum de moyens réalistes pour ne pas entrer dans cette démarche.

Les sources de financement

Quelles sont donc les sources de financement dont nous pouvons disposer.

Il y a bien sûr nos propres ressources, issues du nécessaire bénéfice que nous pouvons et devons faire sur la vente des spectacles. « Faire de la marge » sur une vente de spectacle, pour une association de loi 1901, cela peut paraître contradictoire : ça ne l’est pas. En revanche, cela nous rend moins compétitifs auprès de nombreux acheteurs, qu’ils soient publics ou privés, dont les budgets sont essentiellement orientés à la baisse.

Il y a la capacité d’emprunter auprès de notre partenaire bancaire : c’est ce que font les grosses structures et les projets industriels. Derrière un emprunt, il y a une dette qui s’étale sur plusieurs années, qui doit être remboursées par des ressources futures.

Il y a les circuits de financement public : état et ministère de la culture, région, ville, département … Des circuits complexes, souvent interdépendants, associés à des pré-ventes auprès de lieux de diffusions spécifiques ou encore à des actions  sociales de territoire qui ne relèvent pas forcément des compétences et de la vocation des artistes. Des circuits qui se mettent en place lentement, qui demandent également souvent une certaine notoriété.

Il y a les initiatives de mécénat privé. Si de grandes entreprises s’associent par ce biais à de grandes institutions culturelles pour en retirer un bénéfice d’image, et financer peut-être à moindre coût et via des incitations fiscales, une politique de communication externe, le mécénat privé est plus difficile à mettre en oeuvre pour l’immense majorité des petites structures ne bénéficiant pas d’un important rayonnement.

A notre échelle, nous nous interdisons pour le moment le recours à l’emprunt.

Notre réseau de diffusion n’est pas assez important pour que nous puissions mettre en place à échéance de 2 ou 3 ans une tournée pré-achetée dans 15 scènes municipales.

Notre principal mode de financement sont donc jusqu’à présent nos propres ressources, le mécénat d’entreprise et les dons de particuliers.

Le financement participatif

C’est dans ce contexte tendu, partagé par l’ensemble des acteurs non subventionnés de la création, mais également partagé par des nombreux acteurs associatifs socio-culturels, que se développent depuis quelques années des expériences de financement « à grande échelle » par des particuliers, sur l’idée que les petits ruisseaux qui font les grandes rivières.

Le financement participatif est un appel public à la générosité, mis en oeuvre sur internet. La démarche fait le pari que les internautes-citoyens sauront être sensibles à un projet particulier, et participer financièrement à sa mise en oeuvre. Le don est proposé contre des contreparties en général non financières et de valeur bien inférieure au montant du don : il s’agit autant de financer un projet que de créer et fédérer une communauté autour de celui-ci.

Si la mise en oeuvre peut se faire en toute indépendance, cela reste une tâche un peu délicate : il faut avoir les compétences techniques et esthétiques pour réaliser un site web et être en mesure de proposer des paiements sécurisés.

Plusieurs sociétés se sont positionnées sur ce marché avec un certain succès. En France, les principaux acteurs sont Ulule, My Major Company, Kiss Kiss Bank Bank, Octopousse (pardon pour les autres). Les sites proposent un canevas et une charte graphique de mise en page, des outils de partage sur les réseaux sociaux, et bien entendu la sécurité des transactions financières. Ils se rémunèrent en général via une commission sur les sommes récoltées.

Sans être experts du domaine, il nous semble que le financement participatif, ou crowdfunding en anglais, tout en gagnant en popularité ces dernières années, glisse progressivement d’une démarche altruiste vers une démarche d’investissement individuel, avec une espérance de retour financier. Ainsi Ulule lance-t-il une consultation sur le financement participatif d’entreprises ; ainsi L’Âge de Glace Live propose-t-il sur My Major Company de devenir coproducteur du spectacle, avec un retour sur investissement de 20% sous conditions de remplissage de la salle.

La mise en place du projet

Le premier point à explorer est le choix de la plateforme. Quels critères choisir ? Les frais de commissions sont sensiblement les mêmes. Nous avons retenu les poulpes  d’Octopousse parce que le ton général du site est légèrement décalé. Les valeurs affichées de financement solidaire et artistique nous ont également paru en accord avec notre démarche. De plus, c’est un acteur récent, et nous nous sommes dits que notre projet serait moins noyé dans la masse. Et en effet nous sommes l’un des seuls projets de théâtre présents sur le site ; nous sommes également l’un des rares projets financés en région parisienne.

Il faut ensuite déterminer l’objectif de financement , le délai et la nature du projet à financer. Pour cette étape, nous avons pris le temps d’en discuter tous ensemble, de rédiger plusieurs versions et de les montrer autour de nous. C’est une étape importante car elle implique l’ensemble de l’équipe et permet également de sensibiliser les premiers futurs soutiens. Et comme il n’est pas évident à priori de faire cette démarche de demande de financement, cela nous rôde également.

Les premiers soutiens sont importants : sur Octopousse, le projet n’est pas rendu public tant que cinq premiers soutiens n’ont pas été enregistrés. Sur ce point, le site est en accord avec ce que nous pensons : c’est en tout premier lieu notre cercle de connaissances qui s’avérera donateur.

A vous de jouer ! 

On vous laisse découvrir la présentation finale du projet .

Merci de votre soutien !

https://octopousse.com/projets/histoire-de-france

Pour aller plus loin

ADMICAL – Le carrefour de mécénat d’entreprise.

Les Echos – Le crowdfunding est-il l’avenir de la culture en France ?

Ministère du Travail – Le travail illégal et le spectacle vivant et enregistré.

Opale – L’emploi des intermittents dans les compagnies sous statut associatif.

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